Du rituel de l’incubation jusqu’à la psychothérapie

Une perspective transculturelle

Tania Re

Psychotherapie-Wissenschaft 9 (1) 60–61 2019

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CC BY-NC-ND

https://doi.org/10.30820/1664-9583-2019-1-60

Mots-clés : Asclépios, Épidaure, médecine sapientiale, médecine des Templiers, sanctuaire à incubation, plantes « master », chamanisme

À l’origine, la médecine en Occident qui était exercée pour la prise en charge du corps, de l’esprit et de l’âme était un art divinatoire. Le terme « divination » a perdu son sens original au fil des siècles, par rapport aux temps anciens et en particulier par rapport au monde archaïque grec où elle avait une valeur immense. La divination était en fait la forme de connaissance la plus authentique, une sorte de porte entrebâillée ou un pont qui reliait le monde des humains avec celui des divinités. L’Épidaure était dans l’Antiquité un « paysage thérapeutique », un complexe architectural comprenant de nombreux bâtiments vers lesquels les populations venaient de toute la Grèce pour être soignées par le dieu Asclépios, une déité vénérée depuis 500 av. J.-C. Une figure emblématique et à multiples facettes, Asclépios est toujours considéré comme le dieu de la médecine. Il est lié à un concept de la médecine appelé « médecine des Templiers » dont l’Épidaure sera le centre le plus important.

L’art d’Asclépios est comme celui de son père Apollon, un art divin qui présuppose un rituel de guérison.

À cet égard, nous pouvons rappeler que dans le domaine thérapeutique, les recherches historico-anthropologiques démontrent que de nombreuses cultures chamaniques (Amérique du Sud, Sibérie, Inde) avaient une utilisation très ancienne des plantes « master », à savoir des plantes qui permettent d’atteindre des « états de conscience non ordinaires » grâce à leurs propriétés. Ces états de conscience peuvent apparaître au travers de différentes pratiques, comme la médiation, la respiration holotropique, l’isolation sensorielle, ou même d’une manière spontanée, comme dans le cas des mystiques chrétiens.

D’un point de vue historique, nous pouvons affirmer qu’ils étaient déjà présents d’abord en Europe à l’époque des Grecs, puis pendant l’Empire romain, par exemple dans les rites dionysiaques, les mystères d’Éleusis auxquels il est fait référence concernant l’utilisation de substances psychoactives. Un élément typique du culte de Dionysos est la participation essentiellement féminine dans les cérémonies célébrées dans différentes parties de la Grèce : les Bacchantes (également appelées Ménades) invoquaient et chantaient leur présence et même à l’aide de masques (importants dans le culte de Dionysos qui était supposé être lié à la naissance de la tragédie grecque), elles reproduisaient rituellement la mythique procession dionysiaque des silènes, des satyres et des nymphes.

Aujourd’hui comme alors, la recherche rend compte de changements dans le comportement prosocial en présentant de nombreux échantillons de personnes qui ont utilisé différents types de plantes « master », à la fois dans des contextes religieux, comme dans le cas de l’ayahuasca pour les praticiens de l’église de Santo Daime, et dans des contextes informels.

L’expérience contemporaine révélée par les chercheurs nous fournit des données très encourageantes sur les bénéfices de ce type d’expérience. La recherche développée aux USA et en Europe, en Espagne et en Suisse, tend à suivre des protocoles de recherche dans lesquels le cadre donné joue un rôle fondamental (l’état actuel, mais également l’historique clinique et biographique du patient), ainsi que le décor (l’environnement en expérience) et la substance (type, dosage, qualité et quantité).

Le Décor inclut généralement une pièce chaleureuse avec un canapé qui sera utilisé pendant la séance, un masque pour recouvrir les stimuli visuels, un casque connecté à une chaîne hifi et des opérateurs, des psychothérapeutes et des médecins formés en conséquence qui ont pour mission d’accompagner la personne dans l’expérience de soin au travers de l’usage de la substance.

Les défis à l’avenir dans le domaine psychothérapeutique en matière d’usage de substances psychoactives sont toujours nombreux, une véritable option pourrait être de redynamiser l’usage rituel de substances en associant des connaissances passées, présentes et anciennes à la science moderne au service des soins.

L’auteure

Tania Re, possédant un diplôme en Psychologie Clinique et Communautaire, est une anthropologue spécialisée dans l’Anthropologie de la Santé et l’Ethnomédecine ; elle est Thérapeute Complémentaire et Psychologue en Suisse. En tant que fondatrice associée de la Chaire UNESCO « Anthropologie de la Santé, Biosphère et Systèmes de Soins » à l’Université de Gènes (IT), elle est chercheuse au Centre Régional de Toscane de Phytothérapie (CERFIT) – Hôpital Careggi, Florence (IT). Elle a toujours été intéressée par la compréhension des systèmes de traditions anciennes de soins qui relient l’esprit, le corps et l’âme.

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E-Mail: tania.re77@gmail.com

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